Exit west

Mohsin Hamid est connu aux Etats-Unis pour son livre The reluctant fondamentalist, adapté au cinéma. Si le titre était prometteur, la lecture m’en avait un peu déçu. Son dénouement ne tenait pas ses promesses. Néanmoins je distinguais déjà la voix particulière de l’auteur, un style bien à lui, dépouillé.

Il n’est pas facile d’écrire simplement des situations complexes, d’écrire comme on conte, faire en sorte que son lecteur suive l’histoire sans la simplifier. C’est le propre de cet écrivain pakistanais. Il tient cette fois ses promesses dans le récit simple et percutant d’Exit west.

Exit west raconte avant tout la rencontre de deux personnes, Saeed et Nadia, a priori musulmans dans un pays a priori musulman et a priori en proie à l’islamisation et à la guerre civile.

Saeed est pratiquant traditionnel. Il travaille et comme tout garçon respectueux, il vit avec ses parents, professeurs. On comprend que c’est un garçon cultivé et pieux.
Nadia porte une longue robe traditionnelle la couvrant entièrement, pour avoir la paix, échapper aux regards et questions et vivre indépendante. Se cacher pour mieux exister.
Ils se rencontrent et tombent amoureux. Malheureusement le contexte vient perturber cette histoire naissance en en devenant un élément essentiel. Pour survivre, Nadia et Saeed vont devoir partir. Heureusement pour eux, il existe des portes, des portes vers l’Occident. Exit West pourrait-on presque y lire, mais on n’y lit rien car Mohsin Hamid a voulu concentrer son récit et son message sur l’homme et son destin. Il choisit d’éluder la traversée du migrant en introduisant cet élément fantastique des portes, à l’instar du terrier du lapin dans lequel tombe Alice dans le fameux conte de Lewis Caroll. Ils tombent eux aussi, ou plutôt passent une sorte de vortex temporel et spatial qui leur permet de passer d’un point A à un point B.

On peut regretter le parti-pris de l’auteur ou le suivre, le laisser nous porter dans cette histoire d’homme et de femme. Les migrants sont pour les Européens une foule compacte et indistincte qui n’ont pour seule histoire à nous présenter que leur voyage. Nous ne savons rien d’eux. Ils viennent sans bagage et sont un seul et même visage pour nous, Occidentaux. En lisant ce livre, j’ai eu le sentiment que Mohsin Hamid a eu à coeur de mettre un visage et une histoire sur ces gens, de faire en sorte qu’en refermant le livre, chaque fois que nous entendrons parler d’un naufrage en pleine mer ou d’une manifestation de sans-papiers, nous ne pensions plus à une foule compacte mais à Nadia et Saeed, et c’est une mission amplement réussie.

Je recommande vivement ce très beau livre de Mohsin Hamid, très accessible qui plus est en version originale (anglais car l’auteur est devenu britannique).

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