RE CALAIS

Sans coup d’éclat, la caméra au poing, Yann Moix se promène à Calais, témoin d’une société marginale qui se crée et d’intrus qui luttent pour atteindre leur but et survivre en attendant. Il y a les témoignage hors face des Calaisiens qui reconnaissent que parfois les policiers interpellent des migrants sans histoires, du gaz lacrymogène pour arme,la matraque pour confirmer lequel des deux a bien le pouvoir.Ils ont traversé l’Europe et aux portes de l’Angleterre on les maintient sur site, tout en leur demandant de partir, ironie de l’absurde. Le documentaire a le mérite de n’être pas trop long, 50 minutes, à bonne distance, sans raccourcis vulgaires. Juste une caméra, des questions, et la parole à ceux qui veulent, même ceux qui proposent de “les prendre chez vous”. On pourrait s’indigner (un peu) de ce qu’on ne leur donne pas plus la parole à ces Calésiens fatigués de cette misère et du lot de violences qu’elle enfante, mais pour les quelques spécimens interrogés, il n’est vraiment pas certain qu’il aurait obtenu mieux que quelques slogans lepenistes en guise de certitudes et principes de vie. Alors bon. Alors bon on a lu la lettre ouverte publiée dans Libération qui ne laisse guère de doutes quant à l’opinion personnelle du réalisateur, ni quant à ses intentions, réveiller sans doute les consciences, provoquer un débat national, interroger sur le type de société que nous voulons. Il est regrettable à mon sens que la nuance ne soit pas rapportée. La lumière ne brille que parce qu’il existe de l’ombre. S’il est permis et même louable de fustiger les violences policières et la misère humaine dans laquelle sont plongés les migrants, qui arrivent sans rien et qui sont spoliés de ce même rien de pacotille, il aurait été aussi permis et même louable de considérer le point de vue calésien de victime des vols à la tire et autres violences, le point de vue policier aussi. Peut-être n’auraient-ils pas parlés, tenus d’un protocole, ce fameux “protocole de la bavure” nommé par Yann Moix, mais il fallait tendre le micro. Il le fallait. Pour le débat, pour le public, pour l’apaisement. Quand on se bat pour une société plus humaine, on allume pas des torches, on construit des ponts.