Le Prince à la petite tasse

Emilie de Turckheim a eu la générosité la plus spontanée et la plus intime, celle d’accueillir chez elle, au sein de sa famille, un migrant afghan. C’est sans doute le plus beau des dons, donner de soi, de son temps, de son foyer, de son intime.

De situations cocasses du fait de la barrière de la langue à la prise de conscience qu’un homme identique à soi, avec le même nombre d’os, les mêmes besoins de respirer, manger, dormir, a eu une vie si différente et a souffert de tant d’épreuves, ce récit est un bonbon, tendre, sucrée, acidulée. L’auteur a très bien écrit ce qu’elle a vécu, sous la forme d’un journal, forme qui a rendu la lecture extrêmement légère et touchante.

Les phrases lumineuses d’Emilie de Turckheim sont une fenêtre sur le monde. Elle a l’habileté de cerner tout à fait le sentiment, de faire naître les interrogations candidement : oui, l’hôte est autant celui qui reçoit que celui qui assaille, comme un même corps, une même étreinte; oui, nous ne connaîtrons jamais la peur, la tristesse, la fatigue du voyage sans fin, la misère de n’être jamais chez soi nulle part, la misère d’avoir pour monde son propre corps.

Ce récit a une place de choix dans la thématique de janvier, ne serait-ce que pour avoir pris le point de vue de l’accueillant et d’offrir la vision d’une cohabitation qui d’étrange devient attachante.

Très beau livre de la rentrée de 2018.

La littérature est une communauté

Comme chaque année, le réveillon apporte son lot de questionnements et de bonnes résolutions, qui ne fonctionnent jamais, car il ne suffit pas de passer l’année civile pour être une nouvelle personne.
Grandir demande du temps.

En 2019, sans en faire une bonne résolution, je suis mon envie de développer un blog que je tiens depuis 2015 (desruesetdeslivres.wordpress.com), qui regroupe mes lectures désordonnées et amoureuses, pour regrouper des lectures un peu plus ordonnées mais tout aussi amoureuses, selon des thèmes choisis.

La littérature est une communauté. Un roman est un ami vers qui vous revenez sans cesse. Certains se lisent et se relisent comme s’ils n’avaient pas tout confessés à la première lecture. Ils se goûtent comme des douceurs, une page après l’autre. Ils vous consolent, vous prennent dans les bras, vous tendent leurs personnages avec leurs tourments et leurs vies, et de cette histoire, vous découvrez un peu de votre histoire. Un roman parle de vous en parlant des autres. Un roman vous dit que vous n’êtes pas seul. Un roman vous éclaire, vous émeut et vous enseigne. Il annihile la distance qui vous empêche parfois de comprendre un comportement si différent du vôtre. Il vous enseigne l’empathie, la compassion, le point de vue de l’Autre.

Des romans, mais aussi des films, des pièces et toute chose culturelle que j’aurai la chance de voir, d’entendre, de lire, m’accompagneront dans ces aventures mensuelles de découvertes.