Eldorado

Dans la continuité de la thématique de l’exil et la migration, Eldorado fait le choix audacieux de présenter la trajectoire et la rencontre d’un officier de la marine italienne et de migrants à l’assaut de l’Eldorado européen.

Salvatore a gardé les côtes italiennes toute sa vie, guettant l’horizon des migrants sur les radeaux, les sauvant du naufrage pour les renvoyer chez eux, jusqu’à ce que..  Jusqu’à une rencontre qui change tout. Malgré tout mon amour pour Laurent Gaudé, mon talisman de la littérature française, la trajectoire que prend le personnage ne m’a pas convaincu. Je n’ai pas cru à ce changement. J’ai eu l’impression que Laurent Gaudé a pris un prétexte pour faire rencontrer celui qui chasse et celui qui vient ce qui rend l’événement narratif moins crédible.

En revanche, tout le reste y est. Le voyage, la fatigue du corps, la résistance morale, la poussière qui se soulève devant les camions remplis d’hommes chargés comme du bétail, la volonté, cette volonté dure et pure dans les yeux. Il y a de magnifiques pages sur comment ce périple change un homme, sur la fraternité qui persiste ou s’efface, sur ce qui fait qu’un homme reste un homme. J’ai eu d’autant plus de compassion pour ces malheureux prêts à tout pour une vie meilleure.

C’est le roman le plus dur de cette sélection, le plus triste, le plus cru, le plus violent et le meilleur de Janvier.